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Le pouvoir et le plaisir de la métaphore

Le pouvoir et le plaisir de la métaphore

"La plus grande chose de loin" dit Aristote dans la poétique (330 av. J.-C.), "est d'avoir une maîtrise de la métaphore. Cela seul ne peut pas être conféré par un autre; c'est la marque du génie, car faire de bonnes métaphores implique un oeil pour la ressemblance."

Au fil des siècles, les écrivains ont non seulement fait de bonnes métaphores, mais ils ont également étudié ces expressions figuratives puissantes - en tenant compte de l’origine des métaphores, des objectifs qu’elles servent, pourquoi nous en jouissons et comment nous les comprenons.

Ici - dans la suite de l'article Qu'est-ce qu'une métaphore? - sont les pensées de 15 écrivains, philosophes et critiques sur le pouvoir et le plaisir de la métaphore.

  • Aristote sur le plaisir de la métaphore
    Tous les hommes prennent un plaisir naturel à apprendre rapidement des mots qui désignent quelque chose; et ainsi ces mots sont les plus agréables qui nous donnent Nouveau connaissance. Les mots étranges n'ont aucune signification pour nous; termes communs que nous connaissons déjà; c'est métaphore ce qui nous donne le plus de ce plaisir. Ainsi, lorsque le poète appelle la vieillesse "une tige séchée", il nous donne une nouvelle perception au moyen de la genre; pour les deux les choses ont perdu leur fleur. Comme on l'a déjà dit, une comparaison est une métaphore avec une préface; pour cette raison, il est moins agréable parce qu'il est plus long; il n'affirme pas non plus que cette est cette; et ainsi l'esprit ne s'enquiert même pas. Il s'ensuit qu'un style intelligent et un enthymème intelligent sont ceux qui nous donnent une perception nouvelle et rapide.
    (Aristote, Rhétorique, 4ème siècle avant JC, traduit par Richard Claverhouse Jebb)
  • Quintilien sur un nom pour tout
    Commençons donc par le plus commun et de loin le plus beau des tropes, à savoir métaphore, terme grec qui désigne notre traduction. Ce n’est pas simplement une tournure de parole si naturelle qu’elle est souvent employée inconsciemment ou par des personnes non éduquées, mais elle est en soi si séduisante et élégante que quelle que soit la langue dans laquelle elle est enchâssée, elle brille d’une lumière qui est toute sa posséder. Car s'il est appliqué correctement et correctement, il est tout à fait impossible que son effet soit banal, moyen ou déplaisant. Il ajoute à la richesse du langage par l'échange de mots et par l'emprunt, et réussit enfin dans la tâche extrêmement difficile de donner un nom à tout.
    (Quintilian, Institutio Oratoria, 95 après JC, traduit par H.E. Majordome)
  • I.A. Richards sur le principe omniprésent du langage
    Tout au long de l’histoire de Rhetoric, la métaphore a été traitée comme une sorte d’astuce supplémentaire avec des mots, une opportunité d’exploiter les accidents de leur polyvalence, quelque chose en place occasionnellement mais exigeant une habileté et une prudence inhabituelles. En bref, une grâce ou un ornement ou ajoutée pouvoir du langage, pas sa forme constitutive…
    Cette métaphore est le principe omniprésent du langage qui peut être montré par simple observation. Nous ne pouvons pas passer à travers trois phrases de discours fluide ordinaire sans cela.
    (I.A. Richards, La philosophie du langage, 1936)
  • Robert Frost sur un exploit d'association
    Si vous vous souvenez d'une seule chose que j'ai dite, rappelez-vous que une idée est un exploit d'associationet sa hauteur est une bonne métaphore. Si vous n'avez jamais fait une bonne métaphore, vous ne savez pas de quoi il s'agit.
    (Robert Frost, interview dans L'Atlantique, 1962)
  • Kenneth Burke sur les perspectives de la mode
    C’est précisément à travers la métaphore que nos perspectives, ou extensions analogiques, sont faites: un monde sans métaphore serait un monde sans but.
    La valeur heuristique des analogies scientifiques est assez semblable à la surprise de la métaphore. La différence semble être que l'analogie scientifique est recherchée plus patiemment, étant utilisée pour informer une œuvre ou un mouvement dans son ensemble, où le poète utilise sa métaphore pour un aperçu seulement.
    (Kenneth Burke, Permanence et changement: une anatomie de but, 3e éd., University of California Press, 1984)
  • Bernard Malalmud sur les pains et les poissons
    J'aime la métaphore. Il fournit deux pains où il semble y en avoir un. Parfois, cela jette une charge de poisson… Je ne suis pas doué en tant que penseur conceptuel mais je suis dans les utilisations de la métaphore.
    (Bernard Malamud, interview de Daniel Stern, "The Art of Fiction 52", La Paris Review, Printemps 1975)
  • G.K. Chesterton sur Métaphore et Argot
    Tout l'argot est une métaphore et toute métaphore est de la poésie. Si nous nous arrêtions un instant pour examiner les phrases les moins chères qui nous passaient la bouche tous les jours, nous découvririons qu’elles étaient aussi riches et suggestives que tant de sonnets. Pour ne citer qu'un exemple, nous parlons d'un homme dans les relations sociales anglaises "brisant la glace". Si cela devenait un sonnet, nous aurions devant nous l’image sombre et sublime d’un océan de glace éternelle, le miroir sombre et déroutant de la nature septentrionale, sur lequel les hommes marchaient, dansaient et patinaient facilement, mais sous laquelle les vivants les eaux rugissaient et peignaient à des brasses en dessous. Le monde de l'argot est une sorte de poésie topsy-turveydom, pleine de lunes bleues et d'éléphants blancs, d'hommes perdant la tête et d'hommes dont la langue se sauve avec tout un chaos de contes de fées.
    (G.K. Chesterton, "Une défense d'argot," Le défendeur, 1901)
  • William Gass sur une mer de métaphores
    - J'aime la métaphore comme certaines personnes aiment la malbouffe. Je pense métaphoriquement, sentir métaphoriquement, voir métaphoriquement. Et si quelque chose par écrit vient facilement, vient sans enchérir, souvent non désiré, c'est une métaphore. Comme suit comme comme nuit le jour. Maintenant, la plupart de ces métaphores sont mauvaises et doivent être jetées. Qui sauve les Kleenex usagés? Je n'ai jamais à dire: "à quoi dois-je comparer cela?" un jour d'été? Non, je dois battre les comparaisons dans les trous dont ils se vident. Un peu de sel est salé. Je vis dans une mer
    (William Gass, interview de Thomas LeClair, "The Art of Fiction 65," La Paris ReviewÉté 1977)
    - S'il y a quelque chose dans l'écriture qui me soit facile, c'est de fabriquer des métaphores. Ils apparaissent juste. Je ne peux pas déplacer deux lignes sans toutes sortes d'images. Ensuite, le problème est de savoir comment en tirer le meilleur parti. De par son caractère géologique, le langage est presque toujours métaphorique. C'est comme ça que les significations ont tendance à changer. Les mots deviennent des métaphores pour d'autres choses, puis disparaissent lentement dans la nouvelle image. Je pense aussi que le cœur de la créativité se situe dans la métaphore, dans la création de modèles, en réalité. Un roman est une grande métaphore du monde.
    (William Gass, interview de Jan Garden Castro, "Entretien avec William Gass," Bulletin ADE, N ° 70, 1981)
  • Ortega y Gasset sur la magie de la métaphore
    La métaphore est peut-être l'une des potentialités les plus fructueuses de l'homme. Son efficacité se rapproche de la magie et elle semble être un outil de création que Dieu a oublié à l'intérieur de l'une de ses créatures lorsqu'il l'a créé.
    (José Ortega y Gasset, La déshumanisation de l'art et des idées sur le roman, 1925)
  • Joseph Addison sur métaphores éclairantes
    Les allégories, lorsqu'elles sont bien choisies, sont comme autant de pistes de lumière dans un discours, qui rendent tout clair et beau. Une noble métaphore, quand elle est mise à profit, jette une sorte de gloire autour de elle et lance un éclat à travers une phrase entière.
    (Joseph Addison, "Appel à l'imagination en écrivant sur des sujets abstraits en allusion au monde naturel",Le spectateur, N ° 421, 3 juillet 1712)
  • Gérard Genette sur la récupération de la vision
    Ainsi, la métaphore n’est pas un ornement, mais l’instrument nécessaire pour retrouver, par le style, la vision des essences, car c’est l’équivalent stylistique de l’expérience psychologique de la mémoire involontaire, qui, seule, réunissant deux sensations séparées dans le temps, est capable de libérer son essence commune par le miracle d’une analogie - bien que la métaphore ait un avantage supplémentaire sur la réminiscence, en ce sens que cette dernière est une contemplation éphémère de l’éternité, tandis que la première jouit de la permanence de l’œuvre.
    (Gérard Genette,Figures du discours littéraire, Columbia University Press, 1981)
  • Milan Kundera sur des métaphores dangereuses
    J'ai déjà dit que les métaphores sont dangereuses. L'amour commence par une métaphore. C'est-à-dire que l'amour commence au moment où une femme inscrit son premier mot dans notre mémoire poétique.
    (Milan Kundera,l'insoutenable légèreté de l'être, traduit du tchèque par Michael Henry Heim, 1984)
  • Dennis Potter sur le monde derrière le monde
    Parfois, je suis parfois très conscient de ce que j'appellerais la "grâce", mais elle est corrodée par la réserve intellectuelle, par les improbabilités même de penser de cette façon. Et pourtant, cela reste en moi - je n'appellerais pas cela un désir ardent. Aspiration? Oui, je suppose que c’est une façon paresseuse de le dire, mais d’une certaine manière, le sentiment qui menace continuellement d’être présent et de basculer de temps en temps dans la vie du monde derrière le monde, ce qui, bien sûr, est ce que toutes les métaphores et, dans un sens, tout utiliser ce mot), tout cela concerne le monde derrière le monde. Par définition. C'est non utilitaire et n'a pas de sens. Ouapparaît ne pas avoir de sens et la chose la plus étrange que le discours humain et l'écriture humaine peuvent faire est de créer une métaphore. Pas seulement une comparaison: pas seulement Rabbie Burns qui dit "Mon amour estcomme une rose rouge, "mais dans un sens elleest une rose rouge. C'est un saut étonnant, n'est-ce pas?
    (Dennis Potter, interviewé par John Cook, dansLa passion de Dennis Potter, édité par Vernon W. Gras et John R. Cook, Palgrave Macmillan, 2000)
  • John Locke sur les métaphores illustratives
    Les expressions figurées et métaphoriques illustrent bien des idées plus abstruses et moins familières auxquelles l’esprit n’est pas encore complètement habitué; mais alors il faut les utiliser pour illustrer des idées que nous avons déjà, pas pour nous peindre celles que nous n’avons pas encore. De telles idées empruntées et allusives peuvent suivre une vérité réelle et solide, pour la déclencher lorsqu'elle est trouvée; mais ne doit en aucun cas être mis à sa place et pris pour cela. Si toutes nos recherches n’ont pas encore dépassé la comparaison et la métaphore, nous pouvons nous assurer que nous avons plutôt l’imagination que de savoir et que nous n’avons pas encore pénétré dans l’intérieur et la réalité de la chose, qu’elle soit ou non, mais que nous nous contentons de ce que notre les imaginations, pas les choses elles-mêmes, nous fournissent.
    (John Locke,De la conduite de la compréhension, 1796)
  • Ralph Waldo Emerson sur les métaphores de la nature
    Ce ne sont pas seulement les mots qui sont emblématiques; ce sont des choses qui sont emblématiques. Chaque fait naturel est un symbole d'un fait spirituel. Chaque aspect de la nature correspond à un état mental, et cet état mental ne peut être décrit qu'en présentant cet aspect naturel comme son image. Un homme enragé est un lion, un homme rusé est un renard, un homme ferme est un rocher, un homme instruit est une torche. Un agneau est innocence; un serpent est une rancune subtile; les fleurs nous expriment les affections délicates. La lumière et les ténèbres sont notre expression familière pour la connaissance et l'ignorance; et chaleur pour l'amour. La distance visible derrière et devant nous est respectivement notre image de mémoire et d’espoir…
    Le monde est emblématique. Les parties du discours sont des métaphores, car toute la nature est une métaphore de l'esprit humain.
    (Ralph Waldo Emerson,La nature, 1836)